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Le journal de Veillée

Histoire personnalisée avec le doudou : quand il entre dans l'aventure

Chaque maison a le sien : un lapin gris aux oreilles mâchouillées, ou ce vieux lange qui ne supporte plus la machine à laver. Une histoire personnalisée avec le doudou dedans ne se contente pas d'ajouter un nom de plus sur la page. Elle emmène dans l'aventure l'objet qui, pour votre enfant, veut dire « je suis en sécurité ».

Encore faut-il qu'il y fasse quelque chose. Beaucoup d'histoires le nomment à la première ligne, puis l'oublient jusqu'à la dernière, posé dans un coin comme un sac à dos. Votre enfant le remarque, et il a raison.

Reste à comprendre pourquoi il compte autant, puis à l'écrire pour qu'il agisse. Et le soir où il a disparu, il faudra aussi faire sans lui.

Ce que le doudou représente pour votre enfant

Le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott lui a donné un nom au début des années 1950 : l'objet transitionnel. C'est l'enfant qui le choisit, c'en est même une condition, et il l'aide à vivre la séparation d'avec son parent sans trop d'angoisse. Il se tient à mi-chemin entre le dedans et le dehors, entre ce que l'enfant imagine et le monde réel.

Son odeur et sa texture, acquises au fil des jours, font partie de ce qui rassure, rappelle le site québécois Naître et grandir. D'où les larmes quand il revient de la machine en sentant la lessive. Même un exemplaire acheté au même endroit n'est pas le même doudou : il a la bonne forme, pas la bonne histoire.

Ce serait pourtant une erreur de n'y voir qu'un calmant. Le psychologue clinicien Adrien Blanc, qui lui a consacré un livre, explique qu'il favorise l'émergence de la pensée, la créativité dans les relations et la compréhension du monde. Regardez votre enfant jouer : il gronde son doudou, le nourrit, le couche, lui fait dire des choses. Le doudou est déjà un personnage. Il n'attend qu'une histoire.

Un pont entre le connu et l'inconnu

Au premier jour de crèche, le doudou part dans le sac. Pour la première nuit chez mamie aussi. Une psychologue citée par le site Les pros de la petite enfance le résume d'une formule : il « fait la transition entre le connu et l'inconnu ». Et le coucher reste la plus longue de ces séparations, comme on l'a vu à propos de l'angoisse de séparation au coucher.

Or une aventure, pour un enfant de quatre ans, c'est exactement cela : sortir du connu. Quand le héros traverse la forêt ou descend au fond de la mer, le doudou serré dans ses bras est le connu qui voyage avec lui. Faire entrer le doudou dans le récit, c'est faire entrer la sécurité dans l'aventure.

Attention au mauvais rôle : le doudou n'est pas là pour chasser un monstre. S'il y a un monstre à chasser, c'est que l'histoire en a posé un, et une histoire du soir ne devrait jamais installer une peur que l'enfant n'avait pas, surtout chez un enfant qui a déjà peur du noir. Le doudou apporte la sécurité avec lui, il n'a pas à la défendre.

Un doudou spectateur ne sert à rien

« Léa partit dans la forêt avec son lapin Coton. » Ensuite, plus rien. Coton ne dit pas un mot, puis réapparaît à la dernière page, endormi contre Léa. Sur le papier, le doudou était dans l'histoire. Pour votre enfant, il a été oublié en route.

Un enfant qui tient à son doudou y tient farouchement, et il vérifie. « Et Coton, il fait quoi ? » Si la réponse est « rien », l'histoire vient de lui dire, sans le vouloir, que ce qui compte pour lui ne compte pas pour elle.

La règle d'écriture tient en une ligne : si le doudou est dans l'histoire, il agit au moins une fois, et son geste change quelque chose. Une fois suffit, si elle tombe au bon moment. Le reste du temps, il peut dormir au fond d'une poche. C'est d'ailleurs ce qui sépare une vraie histoire du soir personnalisée d'un conte où l'on aurait seulement changé les noms.

Faire agir le doudou dans une histoire personnalisée

Il ouvre la porte. Sa taille et sa forme sont des ressources. Un lapin se faufile sous la barrière. Un ours, debout sur les épaules du héros, attrape enfin la poignée. Cherchez ce que le doudou peut faire et que l'enfant ne peut pas faire seul : sa scène est là.

Il retrouve le chemin. Le doudou sent la maison. Alors quand il faut rentrer et que tous les sentiers se ressemblent, c'est lui qui renifle, qui tire sur la manche, qui reconnaît de loin la lumière de la cuisine. La sécurité ne se contente plus d'accompagner : elle montre la route.

Il dit la phrase que l'enfant n'ose pas dire. Vous connaissez la scène : deux heures du matin, une petite silhouette dans le couloir, un lapin tenu par l'oreille. « Coton, il a soif. » Les enfants font déjà parler leur doudou pour dire ce qui leur coûte. L'histoire peut reprendre ce geste : c'est le doudou qui avoue qu'il aimerait rentrer, ou qui glisse au héros, dans une page que vous lisez à votre enfant : « Tu crois qu'ils voudraient jouer avec nous ? » Votre enfant entend sa propre pensée, dite par un autre, et c'est souvent lui, le héros, qui répond et qui rassure. Pour une fois, il occupe la place du grand.

Écrire vous-même le rôle du doudou

Pas besoin d'être écrivain. Au goûter ou dans la voiture, plutôt qu'au lit, posez une seule question : « Il sait faire quoi, Coton ? » La réponse d'un enfant de quatre ans est une mine. Coton sait sauter très haut, et il connaît le chemin de la boulangerie. Vous tenez votre scène.

Gardez-lui un caractère stable. Si Coton est gourmand un soir, il l'est encore le lendemain : l'enfant adore reconnaître un trait et le guetter. C'est ce qui fait tenir une histoire à suivre sur plusieurs soirs, où le doudou revient à chaque épisode comme un vieux complice.

Laissez aussi l'enfant tenir le doudou pendant la lecture, sous la veilleuse. Quand Coton ouvre la porte dans l'histoire, la vraie patte peut faire le geste. Pour le reste du récit, la méthode simple pour inventer une histoire du soir s'applique telle quelle.

Le soir où le doudou est perdu

Vingt heures quarante. Le pyjama est mis, les dents sont brossées, et le lapin est resté sur un banc du square. Tout le monde connaît ce soir-là, et la panique qui monte d'un coup, chez l'enfant comme chez l'adulte.

D'abord, dites la vérité. On cherchera demain, on repassera au square, mais on ne promet pas qu'il sera retrouvé si on n'en sait rien. Ensuite, laissez sortir le chagrin avant de proposer quoi que ce soit : Naître et grandir conseille de réconforter l'enfant et de le laisser exprimer ses émotions, puis, s'il reste inconsolable, de choisir avec lui un doudou pour remplacer celui qu'il a perdu. Avec lui, c'est le mot important : une autre peluche de l'étagère, un tee-shirt qui sent la maison, c'est à lui de désigner l'élu.

Ce soir-là, l'histoire peut aider, à condition de ne pas mentir. Si le doudou dort simplement ailleurs, chez la nounou ou chez mamie, imaginez ensemble ce qu'il y fait cette nuit. S'il est vraiment perdu, évitez le récit du doudou qui erre seul dans le noir : il installerait exactement l'image qu'on voudrait éloigner. Une aventure calme où le remplaçant a son petit rôle fait bien mieux l'affaire.

L'astuce du doudou de secours

Le conseil revient souvent : acheter un second exemplaire du même modèle. Le site d'information santé Pass'Santé Jeunes, en Bourgogne-Franche-Comté, le recommande, et suggère de le sortir pendant que l'original est à la lessive, pour éviter les crises de larmes.

Mais un double resté neuf dans son carton risque d'être démasqué en une seconde : raide, sans odeur, trop propre. Naître et grandir le rappelle, les enfants acceptent difficilement un changement de doudou, et en adoptent rarement plus d'un. L'astuce consiste donc à faire tourner les deux très tôt, à chaque lessive par exemple, pour qu'ils prennent la même odeur et les mêmes petits défauts.

Deux gestes d'une minute, enfin. Écrivez un nom et un numéro de téléphone sur l'étiquette, comme le suggère aussi Pass'Santé Jeunes : cela donne une chance au lapin oublié sur un banc de revenir. Et photographiez le doudou sous plusieurs angles en notant la marque, tant que l'étiquette est lisible : le jour où il faut chercher un double, vous saurez quoi montrer. Rien de tout cela n'est une garantie. Certains enfants flairent la supercherie quoi qu'on fasse, et c'est leur droit.

Une histoire avec le doudou de votre enfant, dans Veillée

Dans Veillée, l'application d'histoires du soir que nous préparons, le doudou a sa place sur l'écran de création. Dans la liste « Qui est dans l'histoire ? », il se coche dans le groupe « Compagnons », à côté de l'animal de la maison. Sa couleur se règle une seule fois, dans la fiche famille, avec l'apparence de votre enfant : c'est ce qui aide votre enfant à reconnaître son doudou sur la couverture peinte.

Surtout, cocher veut dire quelque chose. Chaque personnage coché doit parler ou agir au moins une fois dans l'histoire : c'est une règle donnée au moteur qui l'écrit, et être mentionné ne suffit pas. À ne pas confondre avec « La troupe », un autre groupe du même écran : il rassemble les personnages nés dans vos histoires que vous avez choisi de garder, et ils ne reviennent que les soirs où vous les cochez.

Il n'y a aucune voix de synthèse : c'est vous qui lisez. Le téléphone, c'est votre livre : l'écran n'est que pour vos yeux. Votre enfant, lui, écoute, le doudou contre la joue. Sur ce point, ce que l'on sait des écrans avant de dormir a son propre article. L'application n'est pas encore sortie : elle sera bientôt sur l'App Store, pour iPhone et iPad, et la liste d'attente vous prévient le soir du lancement. Votre première histoire sur mesure sera offerte, sans carte bancaire.

Questions fréquentes

Mon enfant de 5 ans est encore très attaché à son doudou, est-ce normal ?

Oui. Selon Naître et grandir, les tout-petits abandonnent généralement leur doudou entre 3 et 5 ans, et vers 6 ans la plupart ne s'en servent plus pour se rassurer, mais le rythme varie. Il peut aussi en avoir de nouveau besoin pendant un moment difficile, un déménagement ou l'arrivée d'un bébé. Évitez de le lui retirer d'un coup, et jamais en punition. Dès 3 ou 4 ans, des règles simples aident : oui à la sieste et en voiture, pas à table. En cas d'inquiétude, parlez-en à votre médecin.

Comment remplacer un doudou perdu sans que mon enfant le rejette ?

Il n'existe pas de méthode infaillible, car les enfants acceptent mal un changement de doudou. Le plus sûr se prépare avant la perte : un double identique qu'on fait tourner avec l'original, à chaque lessive par exemple, pour qu'il prenne la même odeur et la même usure. Si la perte arrive sans double, commencez par consoler et laisser sortir le chagrin. Ensuite seulement, choisissez avec votre enfant un nouveau doudou, plutôt que de lui imposer une peluche neuve.

Mon enfant n'a pas de doudou, est-ce un problème ?

Non. Tous les enfants n'adoptent pas un doudou, rappelle Naître et grandir, et l'article de Wikipédia consacré à l'objet transitionnel précise que le phénomène est loin d'être universel, plus rare encore hors des sociétés occidentales. Certains trouvent leurs repères ailleurs, dans un coin de couverture ou dans un rituel du soir qui ne bouge pas. N'essayez pas d'imposer une peluche : un objet transitionnel, par définition, c'est l'enfant qui le choisit, pas l'adulte.

Comment faire parler le doudou dans une histoire sans que ça fasse bébé pour un enfant de 6 ans ?

Donnez-lui un caractère plutôt qu'une voix de bébé. Un doudou peut être râleur, gourmand, trop poli ou toujours en retard : un trait stable amuse les grands bien plus qu'un zozotement. Faites-lui surtout faire des choses utiles à l'intrigue, trouver un indice, ouvrir un passage. À six ans, un enfant peut encore tenir à son doudou sans vouloir qu'on lui parle comme à un petit. Dans l'histoire, c'est le doudou qui a le droit d'être maladroit, pas lui.

Sources