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Le journal de Veillée

Les écrans avant de dormir chez l'enfant : ce qui pose vraiment problème

Vingt heures quarante. Le dessin animé devait durer un épisode, il en a duré trois, et quand vous reprenez la tablette, les larmes arrivent. Un quart d'heure plus tard, vous voilà au bord du lit, votre téléphone à la main, pour lire l'histoire du soir. Partout, la même consigne : pas d'écran avant de dormir pour un enfant. Elle est juste, et un peu courte, parce qu'elle range sous le même mot des choses qui n'agissent pas de la même façon.

Les études décrivent trois mécanismes que presque tous les articles mélangent : la lumière, qui retarde l'horloge du sommeil ; ce qui défile à l'écran, qui excite ; et l'interactivité, cet écran qu'on touche et qu'on n'arrive pas à lâcher. Les séparer change les gestes du soir, et oblige à se demander qui tient l'écran.

Nous citons nos sources avec leurs limites : certaines portent sur des adultes, d'autres sur des adolescents, et aucune n'a mesuré ce qui se passe quand un parent lit sur son téléphone au bord du lit.

Écran avant de dormir chez l'enfant : ce que disent les recommandations

Dans son avis de décembre 2019, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) juge élevé le niveau de preuve qui relie écrans et sommeil. Il demande qu'aucun écran ne soit allumé dans l'heure qui précède l'endormissement, et qu'il n'y en ait aucun dans la chambre, quel que soit l'âge. La page du gouvernement sur les enfants et les écrans reprend cette heure et ajoute qu'entre 3 et 6 ans, l'usage doit rester exceptionnel.

En 2024, la commission d'experts réunie par le président de la République parle d'effets néfastes avérés sur le sommeil. Elle recommande de ne montrer aucun écran avant 3 ans, puis les déconseille jusqu'à 6 ans, sauf usage rare, avec des contenus de qualité et un adulte à côté.

Le chiffre le plus frappant du HCSP, une heure ou plus pour s'endormir, vaut pour l'usage juste avant de dormir comme pour plus de deux heures d'écran par jour après l'école : des enfants plus grands, des usages bien plus lourds qu'un épisode. Et une règle ne dit pas pourquoi l'écran gêne, ce qui permet pourtant d'agir.

La lumière : les jeunes enfants y sont très sensibles

Le soir, le corps fabrique de la mélatonine, l'hormone qui annonce la nuit à l'horloge interne, et la lumière qui entre dans les yeux freine cette production. Chez le jeune enfant, bien plus fort qu'on ne l'imaginait.

En 2022, une équipe de l'université du Colorado a exposé 36 enfants de 3 à 5 ans à une heure de lumière avant leur coucher, en laboratoire, sur une table lumineuse où ils jouaient, à des intensités allant de 5 à 5 000 lux. Leur mélatonine a baissé de 70 à 99 %. Même entre 5 et 40 lux, une lumière très faible, la baisse moyenne atteignait environ 78 %. Et cinquante minutes après l'extinction, elle n'était toujours pas remontée chez plus de la moitié des enfants.

Limites : 36 enfants, en laboratoire, une lumière sous les yeux pendant une heure. Mais l'étude dit une chose utile : à cet âge, il faut très peu de lumière pour repousser la nuit, et la chute de l'hormone dépendait à peine de la force de la lumière. La commission rappelle d'ailleurs qu'avant 8 ans, le cristallin laisse passer plus de 80 % de la lumière bleue, contre la moitié à partir de 25 ans.

Lumière bleue et sommeil de l'enfant : un filtre ne suffit pas

L'étude la plus citée, parue en 2015 dans la revue PNAS, portait sur douze jeunes adultes qui ont lu environ quatre heures avant de dormir, cinq soirs de suite, sur une liseuse lumineuse réglée au maximum ou dans un livre imprimé. Avec l'écran, ils mettaient près de dix minutes de plus à s'endormir, leur mélatonine du soir baissait d'environ 55 % et leur horloge se décalait de plus d'une heure et demie. C'est une démonstration du mécanisme chez l'adulte, pas la mesure d'une histoire lue en dix minutes.

Et la lumière bleue ? En 2025, la même équipe du Colorado a comparé, chez dix enfants de 3 à 5 ans, une lumière chaude et une lumière froide, faibles et de même intensité. La froide a fait baisser la mélatonine d'environ 56 %, la chaude d'environ 24 %, et chez les six enfants dont les mesures étaient complètes, les deux ont décalé l'horloge d'une demi-heure environ. Moins, donc, mais pas rien. Les auteurs parlent eux-mêmes de résultats préliminaires, sur un tout petit groupe.

La commission note aussi que les études récentes tendent à ne trouver aucun bénéfice des filtres à lumière bleue, ni sur l'endormissement ni sur la mélatonine. Une teinte plus chaude joue sans doute un peu, sans faire d'un écran regardé de près une veilleuse : chez un petit, ce qui compte d'abord, c'est combien de temps la lumière lui arrive dans les yeux, et d'où.

Ce qui défile à l'écran : le contenu et l'heure

Le deuxième mécanisme tient au contenu. Des plans qui changent toutes les deux secondes, une musique qui monte, un personnage qui crie : la commission décrit ces sons, ces mouvements rapides et ces contrastes colorés qui sollicitent chez le petit enfant une attention automatique. L'inverse de ce qu'on attend d'un enfant qui doit se déposer.

Une étude publiée en 2011 dans la revue Pediatrics a suivi des enfants de 3 à 5 ans grâce à des carnets tenus par les parents : en moyenne un peu plus d'une heure d'écran par jour, dont un quart d'heure après 19 heures. Les écrans du soir allaient avec davantage de problèmes de sommeil, tout comme les contenus violents vus dans la journée, alors que les programmes non violents de la journée n'y étaient pas associés. Un épisode paisible à 17 heures et le même à 20 h 30 ne pèsent donc pas pareil.

C'est une photographie, pas une expérience, fondée sur ce que les familles ont noté au début d'un essai, et certains parents allument peut-être un écran justement parce que l'enfant dort mal. Impossible d'en conclure qu'un dessin animé cause, à lui seul, une mauvaise nuit.

L'écran qu'on n'arrive pas à lâcher

Le troisième mécanisme, les parents le connaissent mieux que la recherche. Quand l'enfant tient la tablette, il touche, il choisit, il décide de la suite : il est l'utilisateur. Beaucoup de plateformes enchaînent la vidéo suivante toute seule, et la commission décrit, pour les plus grands, la récompense aléatoire ou le défilement infini. Et s'arrêter à 4 ans, fatigué, à 20 h 30, c'est très difficile.

Chez les adolescents, la différence a été mesurée : dans une étude de Penn State publiée fin 2023, sur 475 jeunes de 15 ans équipés d'un capteur au poignet, jouer ou échanger des messages dans l'heure avant le coucher allait avec un endormissement plus tardif d'environ trente minutes, contrairement à un film ou à la télévision. Et une autre étude, sur plus de 3 000 enfants de 9 ans, n'a pas trouvé de différence nette selon le type d'écran.

Chez les 3 à 7 ans, nous n'avons pas trouvé d'étude qui départage vraiment le passif et l'interactif. Reste ce que vous voyez chaque soir : un enfant qui choisit la vidéo suivante est tout sauf en train de lâcher prise.

Qui tient l'écran ? La distinction que presque personne ne fait

Prenez deux scènes. Dans la première, votre enfant est au lit avec une tablette : la lumière lui arrive dans les yeux à trente centimètres, les images défilent, et c'est lui qui décide quand ça s'arrête, c'est-à-dire jamais tout à fait. Dans la seconde, vous lisez une histoire à voix haute sur votre téléphone, assis à côté de lui. Il ne voit pas l'écran, ou à peine, il ne touche à rien, et la fin arrive quand vous l'avez décidé.

Sur le papier, deux écrans. Dans les faits, deux objets : un écran dont l'enfant est l'utilisateur, et un support de lecture que l'adulte tient, d'où ne lui parvient qu'une voix, à votre rythme, avec vos silences. Une phrase le résume : « Le téléphone, c'est votre livre : l'écran n'est que pour vos yeux. Votre enfant, lui, écoute. »

À la lettre, pourtant, les recommandations ne font pas cette différence. Le HCSP écrit qu'« aucun écran ne doit être allumé et/ou utilisé 1h avant l'endormissement », et votre téléphone en est un. À notre connaissance, aucune étude n'a mesuré ce cas précis : distinguer les deux scènes relève d'un raisonnement sur les mécanismes, pas d'une preuve.

Le livre en papier reste l'option qui n'émet aucune lumière. Et les soirs où vous ne pouvez pas lire, une conteuse sans écran rend service : voyez notre comparatif des conteuses Lunii, Yoto et Toniebox et la boîte à histoires face à l'application.

Lire sur son téléphone au coucher : réduire ce qui reste

L'écran du parent reste un écran allumé dans une chambre sombre, autant le dire. Baissez la luminosité de votre téléphone au plus bas qui vous laisse lire sans effort. Mais les chercheurs du Colorado ont trouvé l'effet déjà net entre 5 et 40 lux, quand une tablette à pleine luminosité, à trente centimètres, en envoie environ 100. Baisser aide sans suffire : le geste qui compte le plus, c'est de garder la lumière hors de ses yeux.

Tenez donc le téléphone contre vous, l'écran vers votre visage, hors du regard de votre enfant. Gardez la pièce dans une lumière basse et chaude, comme pour un enfant qui a peur du noir. Activez le mode Ne pas déranger : une notification en pleine page rallume l'écran comme l'attention.

Les images, montrez-les un moment si vous le voulez, puis gardez l'écran pour vous. S'il réclame de tourner les pages lui-même, proposez-lui plutôt de vous dire quand tourner : lui laisser le téléphone, c'est déjà lui rendre un peu l'écran.

Quant à Veillée, l'application que nous préparons, elle n'a ni mode sombre ni réglage de luminosité à elle : ses pages restent claires, et c'est le réglage de votre téléphone qui compte. Seul l'écran qui suit la dernière page descend vers un noir chaud, avec une lune et votre formule de fin. Les illustrations sont là si vous voulez les lui montrer, jamais comme un passage obligé.

Temps d'écran avant le coucher : déplacer plutôt que supprimer

Pour l'écran que votre enfant utilise, l'heure sans écran se tient mieux comme un déplacement que comme une interdiction. Le dessin animé peut passer avant le bain ou le dîner, choisi lent, sans cris ni poursuites, et dans un format qui a une fin : un épisode, pas une plateforme qui enchaîne.

Annoncez la fin avant qu'elle n'arrive : « Encore celui-ci, et après, c'est le bain. » Si la tablette du soir est une vieille habitude, avancez-la d'un quart d'heure tous les deux ou trois soirs plutôt que de tout arrêter d'un coup. Les premiers soirs, attendez-vous au verre d'eau réclamé depuis le lit : c'est la transition qui se cherche.

Ensuite, des gestes toujours dans le même ordre font la transition que l'écran ne fait pas : c'est tout l'objet du rituel du coucher qui aide votre enfant à s'endormir. Les soirs où rien ne redescend, voyez nos pistes pour calmer un enfant avant de dormir, ou ce que nous avons écrit sur l'enfant qui ne veut pas dormir.

Où se place Veillée

Dans Veillée, l'écran ne s'adresse qu'à vous. Il n'y a aucune voix de synthèse dedans : rien ne se raconte tout seul, rien ne se lance pendant que vous faites la vaisselle. L'histoire, personnalisée pour votre enfant de 3 à 7 ans, est écrite, illustrée et posée sur une ambiance sonore très discrète, puis elle attend votre voix. Aucune conversation n'est possible avec la machine, dans aucun écran. Et le soir où votre enfant ne veut pas d'histoire, il y a la séance douce : il répond à trois questions très courtes que vous lui lisez, et vous l'emmenez tout doucement dans le décor qu'il a choisi, en huit pages, trois à quatre minutes, et pas une seule image à regarder.

Veillée sera bientôt sur l'App Store. Pour comprendre pourquoi chaque histoire a besoin de votre voix, ou pour être prévenu le soir du lancement, rejoignez la liste d'attente de la première veillée. Et si vous ne l'utilisez jamais, gardez l'essentiel : devant un écran, le soir, demandez-vous qui le tient, ce qu'il montre, et à quelle heure.

Questions fréquentes

Combien de temps sans écran avant le coucher pour un enfant de 4 ans ?

Les recommandations françaises retiennent au moins une heure sans écran avant l'endormissement, et pas d'écran dans la chambre. Entre 3 et 6 ans, l'usage devrait de toute façon rester exceptionnel. En pratique, le plus simple est de déplacer le dessin animé avant le bain ou le dîner, de choisir un programme calme qui a une vraie fin, et d'annoncer cette fin à l'avance. La suite du rituel, toujours dans le même ordre, fait le reste du chemin.

Le mode nuit ou un filtre de lumière bleue suffit-il pour la tablette du soir ?

Pas à lui seul. Une lumière plus chaude pèse sans doute un peu moins sur l'horloge du sommeil, mais dans une étude préliminaire menée sur dix enfants d'âge préscolaire, une lumière chaude et faible faisait encore baisser la mélatonine. Le rapport de la commission écrans de 2024 note que les études récentes tendent à ne trouver aucun bénéfice des filtres sur l'endormissement. Chez un petit, le plus utile reste de limiter la durée et d'éviter que la lumière lui arrive dans les yeux.

Lire une histoire sur mon téléphone, est-ce que ça compte comme du temps d'écran ?

À la lettre, oui : un écran est allumé dans la chambre, et les recommandations officielles ne font pas la différence. Mais votre enfant n'en est pas l'utilisateur. Il ne le regarde pas, ou à peine, ne touche à rien, ne choisit pas la suite, et ce qui lui parvient, c'est votre voix. Pour réduire ce qui reste, baissez la luminosité, gardez l'écran tourné vers vous et ne montrez les images que si vous le souhaitez. Le livre papier reste l'option sans aucune lumière.

Mon enfant pleure quand on lui reprend la tablette le soir : que faire ?

C'est très courant : s'arrêter est difficile quand on est petit, fatigué, et qu'un écran propose toujours la suite. Prévenez avant la fin, choisissez un format qui se termine de lui-même plutôt qu'une plateforme qui enchaîne, et avancez la tablette plus tôt dans la soirée, loin du coucher. Accueillez la colère sans rouvrir la négociation, puis passez à la suite du rituel. Si le coucher reste difficile pendant plusieurs semaines, parlez-en à votre pédiatre.

Sources