AccueilLe journal › Il se relève dix fois : que faire du soir où votre enfant ne veut pas dormir

Le journal de Veillée

Il se relève dix fois : que faire du soir où votre enfant ne veut pas dormir

Il est 21 h 10. L'histoire est lue depuis longtemps, le câlin est fait, et le revoilà dans le couloir, pieds nus, avec une soif soudaine ou une question qui ne pouvait pas attendre demain. C'est la quatrième fois. Si vous avez tapé « mon enfant ne veut pas dormir » d'une main pendant que l'autre le raccompagnait, cet article est pour vous. Il ne parle pas du rituel idéal. Il parle du soir où rien ne tient.

Ce qui aide, ce soir-là, c'est de comprendre pourquoi il refuse d'aller se coucher, parce que ce refus ne dit pas la même chose à trois, quatre ou cinq ans. Ensuite viennent quelques gestes qui tiennent même quand on est à bout, de la façon de quitter la chambre jusqu'à la phrase qu'on répète quand il revient. Et une histoire, une seule, qui ferme la journée au lieu de la prolonger.

La routine des soirs ordinaires, nous l'avons décrite dans notre guide du rituel du coucher. Ici, on part du principe qu'elle existe, et qu'elle vient de voler en éclats.

Mon enfant ne veut pas dormir : a-t-il sommeil à cette heure-là ?

Avant de chercher le bon mot, une vérification toute bête, et souvent décisive : l'heure. L'Académie américaine de médecine du sommeil recommande de 10 à 13 heures de sommeil par 24 heures entre 3 et 5 ans, siestes comprises, puis de 9 à 12 heures entre 6 et 12 ans. La fourchette est large. Un enfant qui a dormi deux heures l'après-midi et s'est levé à 7 h 30 n'a pas forcément sommeil à 20 heures. Le coucher devient alors une heure de lutte contre un corps qui n'est pas prêt, et l'endormissement difficile à 3 ans n'a parfois pas d'autre cause.

La sieste bouge beaucoup à cet âge. Selon le Réseau Morphée, elle disparaît en général entre 3 et 6 ans, et les semaines où elle s'arrête, ou revient le week-end, peuvent décaler toute la soirée.

Le plus simple est de noter, pendant une semaine, l'heure où il s'endort vraiment et l'heure où il se réveille. Si le sommeil arrive chaque soir vers 21 h 15 quoi que vous fassiez, commencez le rituel juste avant, puis avancez-le de dix minutes tous les deux ou trois soirs. À l'inverse, s'il s'endort à chaque trajet en voiture, l'agitation du soir ressemble plutôt à de la fatigue qui déborde.

Regardez aussi ce qui précède la chambre : un dessin animé jusqu'au pyjama rend la descente plus longue pour beaucoup d'enfants. Nous avons démêlé ce que les écrans du soir changent vraiment au sommeil dans un article à part.

À 3 ans, le refus est une affirmation

À trois ans, « non » est un mot tout neuf, et il est grisant. L'enfant découvre qu'il a une volonté à lui, distincte de la vôtre. Le coucher est le terrain idéal pour l'essayer : c'est le moment où l'adulte décide le plus clairement, et celui où il est le plus fatigué pour tenir.

Ce refus parle peu de sommeil. Il parle de pouvoir. Plus vous argumentez, plus la partie devient intéressante, puisque chaque argument prouve que la question reste ouverte. La sortie consiste à lui rendre du pouvoir là où il ne coûte rien : le pyjama rouge ou le bleu, marcher jusqu'au lit ou y aller en kangourou. Deux choix à chaque fois, acceptables tous les deux, et jamais sur la question de fond.

Le fond, lui, ne se discute pas, et c'est reposant pour lui aussi. Un enfant qui sent que la limite tient finit par cesser de pousser dessus. Celui qui sent qu'elle plie un soir sur deux pousse tous les soirs, par simple curiosité.

À 4 ans, l'imagination qui s'emballe quand la lumière baisse

Vers quatre ans, les allers-retours changent de nature. Il ne se relève plus pour vous défier. Il se relève parce qu'une idée l'a rattrapé dans le noir : un bruit de tuyau, ou la question urgente de savoir si les poissons dorment. Maintenant que plus rien ne l'occupe, la journée entière remonte.

Répondre sur le fond relance la machine, ne pas répondre du tout le laisse seul avec son idée. Une piste simple à essayer : le carnet des questions de demain. Quand la question arrive, vous l'écrivez devant lui, sans en discuter, et vous promettez d'y répondre au petit déjeuner. Tenez parole le lendemain : il apprend que sa question ne se perd pas, et qu'il peut la lâcher pour la nuit.

Si c'est de la peur plutôt que de la curiosité, si la question ressemble à « et s'il y avait quelque chose sous le lit », le carnet ne suffit plus. On accueille ce qu'il ressent sans valider le danger, et on ne va surtout pas vérifier sous le lit. Nous avons consacré un article à la peur du noir et la façon de rassurer sans en rajouter.

À 5 ans, la peur de rater quelque chose

À cinq ans, il entend tout : la vaisselle, la télévision du salon, le rire des adultes, la grande sœur qui a encore le droit de rester debout. Il en tire une conclusion très logique. La soirée continue sans lui, et elle a l'air formidable. Se relever, c'est aller vérifier ce qu'il rate.

Dites-lui la vérité, qui est d'un ennui rassurant : « Après, je range la cuisine, je lis un peu, et je vais me coucher moi aussi. » Puis rendez la maison ennuyeuse pour de vrai pendant la première demi-heure. Les voix baissent, la télévision attend ou se regarde le son bas, et le grand qui veille encore le fait à l'autre bout de l'appartement.

Confiez-lui aussi une responsabilité de grand qui se joue avant le lit, pas après : c'est lui qui dit bonne nuit à la maison, ou lui qui allume la veilleuse. À cet âge, se sentir important au moment du coucher compte souvent plus que rester debout le dernier.

Le script de la sortie de chambre

Le moment le plus fragile du soir n'est pas l'histoire, c'est la minute qui suit. Tout s'y négocie, du câlin supplémentaire au « reste encore un peu ». Un script, c'est la même suite de gestes, dans le même ordre, annoncée à l'avance et tenue à l'identique, même les soirs où vous n'en pouvez plus.

Annoncez-le avant l'histoire, pas après. À lui, cela donne : « Une histoire, un câlin, je te dis bonne nuit et je sors. » Puis faites exactement ça. Le verre d'eau est déjà sur la table de nuit, le passage aux toilettes a eu lieu avant le pyjama. Ce sont les deux grandes demandes du couloir : autant les régler avant qu'elles deviennent des prétextes.

Sortez au moment annoncé, pendant qu'il est encore éveillé et calme. Rester jusqu'à ce qu'il dorme lui apprend que s'endormir et vous voir partir, c'est la même chose, et certains enfants luttent justement contre le sommeil pour vous garder. Si c'est votre départ lui-même qui le fait pleurer, on n'est plus tout à fait dans le refus, et l'angoisse de séparation au coucher demande des gestes plus progressifs.

La phrase de retour qui ne relance pas la conversation

Il est de nouveau dans le couloir. Tout ce que vous direz maintenant sera pris comme une invitation, le reproche autant que la blague. Le seul message qui ne relance rien, c'est une phrase courte, toujours la même, dite d'une voix calme et un peu plate pendant que vous le raccompagnez.

Choisissez-la une fois pour toutes. Celle que vous lui direz peut être : « C'est l'heure de dormir. Je t'aime. À demain. » Pas de question à la fin, pas de « d'accord ? » qui rouvrirait l'échange. Vous le ramenez au lit et vous ressortez. Au troisième retour, la phrase peut se réduire à un « à demain » murmuré. Elle ne répond ni à la question du jour ni à la dixième demande d'eau : elle dit seulement que la journée est finie et que vous êtes là.

C'est aussi une protection pour vous. À 21 h 40, quand la patience s'use, une phrase apprise d'avance évite de prononcer celle qu'on regrettera.

Pour l'enfant qui se relève sans arrêt par habitude plus que par peur, une petite étude américaine a testé le passe du coucher : une carte, une seule, que l'enfant échange une fois par soir contre une visite de ses parents ou une sortie autorisée de sa chambre. Ensuite, les parents ne répondent plus aux appels. Sur dix-neuf enfants de 3 à 6 ans, ceux qui avaient le passe sont sortis de leur chambre et ont appelé nettement moins souvent que les autres, et l'effet tenait encore trois mois après. Craig Canapari, pédiatre spécialiste du sommeil à l'hôpital pour enfants de Yale-New Haven, écrit que ce ne serait pas son premier choix pour un enfant très anxieux. La carte vise l'habitude, pas la peur.

Une seule histoire, signal de fin et jamais récompense

Les soirs de crise, l'histoire est la première chose qu'on a envie de retirer : « Si tu te relèves encore, pas d'histoire demain. » C'est humain, et c'est presque toujours une mauvaise affaire. Une histoire qu'on gagne ou qu'on perd devient une monnaie, et le coucher un marché. Et l'enfant le plus agité, celui qui aurait le plus besoin de ce moment pour redescendre, est justement celui qui en est privé.

Gardez-la inconditionnelle, à la même place dans la suite du soir, quelle qu'ait été la journée. Son rôle n'est pas de récompenser, il est de signaler : quand l'histoire se termine, la journée se termine. C'est pour ça qu'il en faut une seule. Une deuxième dit que la fin n'était pas vraiment la fin, une troisième apprend qu'il suffit d'insister. Nous détaillons ailleurs pourquoi une seule histoire vaut souvent mieux que trois.

Choisissez-la pour qu'elle descende. Gardez les passages agités pour le début et laissez la fin se poser, jusqu'à une dernière phrase qui revient tous les soirs, comme une porte qu'on referme doucement. Les soirs où tout le monde est à bout, une version courte fait très bien l'affaire. Et le soir où il est bien trop remonté pour suivre un récit, il existe d'autres façons de calmer un enfant avant de dormir.

Quand en parler à votre médecin

La plupart des refus du coucher s'apaisent avec de la constance, pas tous, et ce n'est jamais un échec d'en parler. L'Assurance maladie conseille de consulter quand l'enfant met toujours plus de trente minutes à s'endormir, quand il ronfle ou fait des pauses respiratoires la nuit, ou quand la fatigue se voit le jour : il somnole, s'endort en classe, devient très agité ou au contraire se replie sur lui-même.

Parlez-en aussi, sans attendre ces signes, si les difficultés s'installent malgré votre constance ou si les soirées épuisent toute la maison. Votre médecin ou votre pédiatre pourra écarter une cause physique, et vous aider à tenir le cap.

Ce que nous avons préparé pour ces soirs-là

Dans Veillée, l'application d'histoires du soir que nous préparons, « Quand on ne veut pas aller au lit » est l'un des quinze moments de vie d'Aider à grandir. Pour chacun de ces moments, une idée d'histoire a été écrite exprès, jamais tirée au sort, et l'histoire ne nomme jamais la leçon. Il n'y a aucune voix de synthèse : c'est vous qui lisez, à voix haute. Le téléphone, c'est votre livre : l'écran n'est que pour vos yeux. Votre enfant, lui, écoute.

Et pour les soirs où il ne veut pas d'histoire du tout, il y a la séance douce. Vous lui lisez trois questions très courtes : un endroit qu'il aime bien, ce qu'il emmène avec lui, ce qu'on entend là-bas. Ses réponses deviennent le décor, l'objet posé à côté et le fond sonore d'une promenade que vous lui lisez ensuite, huit pages, environ trois à quatre minutes, sans intrigue et sans une seule image à regarder. Nous ne vous promettons rien sur son sommeil : nous vous décrivons ce qui se passe, pas ce que ça va lui faire.

Veillée arrive bientôt sur l'App Store. D'ici là, tout ce qui précède s'applique aussi au livre qui traîne déjà sur sa table de nuit.

Questions fréquentes

Mon enfant dit qu'il n'est pas fatigué : comment savoir s'il manque de sommeil ?

Regardez la journée plutôt que le soir. Un enfant qui s'endort presque à chaque trajet en voiture, qu'il faut tirer du lit le matin, qui devient grognon ou très agité en fin d'après-midi, ou qui rattrape de longues siestes le week-end, manque probablement de sommeil, même s'il jure le contraire à 20 heures. À l'inverse, un enfant en forme toute la journée qui ne s'endort jamais avant 21 h 30 est peut-être simplement couché trop tôt pour son rythme.

À quelle heure coucher un enfant de 3 ou 4 ans ?

Partez de son heure de réveil, pas d'une heure idéale. L'Académie américaine de médecine du sommeil situe le besoin entre 10 et 13 heures par 24 heures entre 3 et 5 ans, siestes comprises. Un enfant qui se lève à 7 heures, ne fait plus de sieste et a besoin d'environ onze heures de nuit devrait donc s'endormir vers 20 heures. Commencez le rituel une demi-heure avant, puis ajustez selon ce que vous observez pendant une semaine.

Faut-il fermer la porte de sa chambre quand il se relève sans arrêt ?

Évitez d'en faire une sanction : une porte fermée comme une menace transforme la chambre en punition, et la peur vient s'ajouter au refus. Mieux vaut convenir à l'avance de la façon dont la porte reste, grande ouverte ou entrouverte, et ne plus en changer. S'il se relève, raccompagnez-le avec votre phrase courte habituelle, sans discussion. Ce qui décourage les allers-retours, c'est la répétition calme de votre réponse, pas un obstacle.

Combien de soirs faut-il tenir avant de voir une différence ?

Il n'y a pas de délai garanti, mais un nouveau cadre se juge sur plusieurs soirs d'affilée, jamais sur un seul. Les premiers soirs, beaucoup d'enfants testent la règle, parfois plus fort qu'avant, pour vérifier qu'elle tient. C'est plutôt le signe qu'elle commence à compter. Si rien ne bouge après quelques semaines de constance, ou si les soirées épuisent toute la famille, parlez-en à votre médecin ou à votre pédiatre.

Sources